Photo de l’auteur, source www.vincentkappeler.com.
Duels est mon tout premier Vincent Kappeler, un auteur à qui l’on doit déjà plusieurs romans chez L’Âge d’Homme et Hélice Hélas. Paru ce printemps aux éditions L’œil d’or, Duels est son petit dernier, et je me demande si le reste de la famille est du même tonneau, car le moins que l’on puisse dire c’est que c’est bien barré !
Impossible de résumer cette histoire (ces histoires, en fait) où vont se croiser une ribambelle de personnages qui semblent tous sortir de l’asile, qui ont la gâchette facile, ou qui n’hésitent pas à en venir aux mains ou aux dents lorsque manque l’arme à feu. Un univers où on garde les chats dans un sac et où on planque les soutifs dans le slip. Cherchez pas, tout vous sera révélé si vous lisez Duels.
La quatrième de couv’ parle d’un « Tex Avery cruel et vengeur », et il y a quelque chose de ça. Pour ma part, j’ai pensé à F’Murr et son Génie des alpages, avec ses personnages qui discutent de dingueries très sérieusement et avec un aplomb philosophique, ou à Gotlib et sa Rubrique-à-Brac, où on joue au jeu de la barbichette et on se donne des tapettes à coups de canon, et où l’on disserte sur l’histoire du mec qui dit à l’autre : accroche-toi au pinceau, j’enlève l’échelle. Antoine Duplan écrivait d’ailleurs à propos de Gotlib que celui-ci était un clown triste. Il doit y avoir un peu de ça, aussi, chez Kappeler.
C’est ici que je fis la connaissance de mon avocat commis d’office, Rufus Karlsson. Un être malingre, laid et moustachu, mais dévoué à sa cause.
— J’ai lu votre déposition Monsieur Sanderson, il n’y a rien, que de la franchise touchante de votre part, mais rien d’accablant. Du flan en matière pénale. Que la malheureuse soit passée par la fenêtre pendant que vous êtiez coincé sur les toilettes par des crampes d’estomac, je veux bien, mais ensuite, ce ne sont que des ouï-dire cette histoire d’incinération. Vous savez nier, Monsieur Sanderson ?
— Nier ?
— Mentir si vous préférez ?
— Bien sûr.
— Prouvez-le moi.
— Ce n’est pas moi qui ai ton soutien-gorge, Sandrine.
— Parfait. J’ignore pourquoi vous dites cela, mais vous m’avez convaincu.
Duels, de Vincent Kappeler, p.75
Duels est très rigolo, d’un humour macabre et absurde qui semble naître tout naturellement du sérieux avec lequel Kappeler nous raconte les déboires de ses personnages. Il y a aussi quelque chose dans le style, une forme de désinvolture élégante qui colle parfaitement à l’ensemble. Ce décalage amusé me rappelle, certes dans une veine un tantinet différente, celui de l’écrivain-touriste Julien Blanc-Gras. Et je ne peux m’empêcher, d’ailleurs, de trouver entre ces deux gaillards, Kappeler et Blanc-Gras, une certaine ressemblance physique… La tentation de la physiognomonie n’est pas loin !
Je n’ai certainement pas tout compris, surtout dans la seconde partie. Il y a peut-être une logique là-derrière qui m’échappe. J’ai eu l’impression que les éléments de l’histoire avaient été explosés à la grenade, puis rabibochés au scotch carossier… Au final ça n’a pas grande importance pour moi, car l’intérêt du texte ne se situe pas dans la structure ou l’intrigue, mais dans l’imaginaire délirant de Kappeler.
Le monde littéraire aujourd’hui est en moyenne bien trop raisonnable, propret, comme il faut. Bref, chiant. Alors ça fait du bien de lâcher la bride, de partir dans des fantasmagories, des tableaux sans rime ni raison. Et avec Kappeler, on ne s’ennuie pas.

- Duels, de Vincent Kappeler, 2026, éditions L’œil d’or, 168 pages.
