Soma est un roman de cyberpunk féministe, nous dit la quatrième de couverture. J’ai d’abord pris ça pour une petite exagération marketing, après tout c’est de bonne guerre. Mais je dois admettre qu’il y a bien quelque chose derrière cette étiquette. Dans Soma, les femmes ne peuvent guère compter que sur les femmes pour survivre, jusqu’à se créer une ‘enclave’ protégée au cœur d’un monde qui ne cherche qu’à les exploiter – comme le nôtre, donc. Féministe, c’est vrai, et cyberpunk sans le moindre doute, compte tenu de l’ambiance et de la trame.
Soma est un court roman (novella), qui a paru en 2025 dans la prestigieuse collection Ailleurs & Demain chez Robert Laffont, plus précisément dans la nouvelle sous-collection Le Labo, lancée en 2024 et qui se spécialise dans le format court. La couverture colorée et pop, signée Olivier Laude, est plutôt réussie à mon goût. Quant à Floriane Soulas, elle fait partie d’une talentueuse nouvelle génération d’autrices de SF qui a le vent en poupe, et parmi lesquelles on peut citer Chloé Chevalier (elle aussi publiée dans le Labo), Audrey Pleynet, Marguerite Imbert, ou encore Anouck Faure.
Dans Soma, on suit les aventures de Risa, seule cyborg de son état, qui enchaîne les missions de hacking dans Neolutetia, un Paris du futur aux couleurs cyberpunk. Les choses vont se compliquer quand Risa comprend qu’un double d’elle-même se promène en ville, ce qui va la forcer à élucider ce mystère et à replonger dans son passé trouble qu’elle aimerait bien oublier.
Je dois avouer que je suis resté sur ma faim, et que je m’attendais à plus d’originalité pour un texte estampillé Ailleurs & Demain. Alors oui, ça tient la route, ça se lit sans déplaisir, mais on reste quand même sur des sentiers ultra-balisés. La faute, peut-être, au genre : le cyberpunk, on connaît ça depuis des lustres. Les grands anciens, tels William Gibson ou Neal Stephenson, ont publié il y plus de trente, voir quarante ans. Plus de trente ans c’est aussi l’âge du Strange Days de Kathrin Bigelow. Difficile de renouveler le genre, et si certains y sont parvenus – Richard Morgan avec son néonoir Altered carbon, ou Paolo Bacigalupi et le biopunk de The windup girl – beaucoup de tentatives restent génériques.
Avec Soulas, pour le coup, et malheureusement, on connaît trop la chanson. On navigue dans un décors visuel à la Blade Runner avec des néons et de la pluie, et avec quelques touches d’Alita (aka Gunnm) pour le côté cyborgs augmentés. Il y avait pourtant une piste de renouveau, avec ce cyberpunk féministe, mais cela reste au final trop peu exploité. On aimerait plus d’audace, plus d’inventivité, que ce soit au niveau de l’univers ou du style.
Aussi, il y a ce choix que je ne m’explique pas, celui de faire de la protagoniste Risa un être unique, seule capable de se connecter au réseau sans souffrir de limites. Mais pourquoi ? Ca n’apporte pas grand-chose à l’histoire, et il n’y a pas de véritable explication à cette exception. (Ok, il y a une justification narrative, mais franchement il y avait moyen de tourner autour.)
Même si je ne suis pas très enthousiaste sur ce livre, je salue néanmoins le fait que la maison d’édition mette en avant de nouveaux talents francophones, et pas que des traductions. Après tout, on suit les autrices et auteurs sur la durée, sur leur œuvre, et pas uniquement sur telle ou telle publication.

- Soma, de Floriane Soulas, 2025, Rober Laffont Ailleurs & Demain, 160 pages.
