Christophe Künzi a publié de nombreuses nouvelles de SF dans des magazines et anthologies tels Gandahar, AOC, le Prix de l’Ailleurs, ou dans le recueil Dans le sillage des pierres, avec le collectif Polyphème. Il est aussi l’auteur d’un roman, Mémoires dissidentes, écrit à quatre mains avec l’autrice Tu Wüst.
Dans son premier recueil de nouvelles, Les limbes dystopiques, paru en 2025 chez GLP éditions, Künzi nous propose dix textes de SF dont la moitié sont inédits, si je ne dis pas de bêtises. À ajouter à cela, d’intéressantes ‘coulisses’ qui dévoilent à la fin de chaque nouvelle quelques confidences sur leur création – idée originale et plutôt sympathique.
Dans l’introduction, Christophe Künzi cite parmi ses lectures de SF favorites le triumvirat Asimov-Bradbury-Dick. On peut faire pire comme inspiration !… Que dire de la SF künzienne ? Et bien on y retrouve, à doses variables, des ingrédients propres à ces auteurs. D’Asimov, l’intérêt pour les robots, le développement technologique, mais aussi une sensibilité pour la psychologie et la sociologie. De Bradbury une forme de langueur, de poésie douce qui accompagne le récit, avec en toile de fonds des réflexions plus philosophiques. De Dick, enfin, un profond questionnement de nos perceptions, et de la réalité qui nous entoure. La sauce prend bien, et en fonction des histoires le mélange des saveurs varie. La belle nouvelle De la Lune à la Terre, par exemple, est à la fois bradburyenne et asimovienne. Au-delà des limbes artificielsetThérapie d’un inadapté, deux très bons textes également, sont quant à eux beaucoup plus dickien à mes yeux.
Mais trêve de comparaisons. Ce qui me semble propre à Christophe Künzi, c’est une indéniable curiosité, un désir de creuser des sujets divers et variés. Cela transparaît dans ses ‘coulisses’, où il nous décrit comment il a lu le sociologue Émile Durkheim pour sa nouvelle des limbes artificiels, ou comment certaines séries TV, des expositions artistiques, ou simplement l’actualité, l’ont inspiré. S’il y a des thèmes qui reviennent, il y a toujours une diversité, et non seulement dans les sujets traités, mais aussi dans la forme littéraire utilisée (prose classique, transcription d’entretien, pièce de théâtre,…).
Puisqu’il y a des inédits, c’est aussi l’occasion de découvrir des textes qui font moins l’unanimité, voire qui sont même parfois un peu casse-gueule. Ainsi pour Allez le ploucs !, un texte que Künzi qualifie de peu consensuel et clivant. Oui, certes, et c’est peu dire. Dans ses coulisses, il explicite le thème et le message de la nouvelle, mais franchement je n’avais pas capté à la lecture du texte proprement dit, qui m’a laissé une impression mitigée… Le texte met néanmoins en scène deux personnages de fonctionnaires suisses assez drôles, qui nous rappelle un peu Emil et Walo Lüönd dans Les Faiseurs de Suisses.
Bien plus maîtrisée est pour moi la nouvelle Solario, qui me semble être un condensé de tous les thèmes künziens. Une magnifique histoire mêlant transmission, connaissance, et humanité, avec quelques jolies surprises pour couronner le tout. Un texte inédit, qui méritait de trouver sa place dans une publication.
Un recueil à découvrir pour tous les amoureux de nouvelles de science-fiction !
Au cours du temps, la coloration de la planète bleue, visible depuis des milliers de kilomètres, s’était évanouie pour laisser place à un gris délavé. Que s’était-il passé ? La civilisation terrienne avait-elle succombé à une maladie inconnue ? Cela restait un mystère pour le robot. Assis en tailleur dans la poussière, l’androïde Somnium avait déposé l’une de ses mains en alliage ferreux sous son visage. Sa posture rappelait celle du penseur de Rodin grec. Sous son crâne de métal fourmillaient des réflexions. S’il l’avait pu, son regard aurait exprimé une mélancolie diffuse.
De la Lune à la Terre, in Les limbes dystopiques, de Christophe C. Künzi

- Les limbes dystopiques, de Christophe C. Künzi, 2025, GLP éditions, 182 pages.
