Buffet de campagne porte le numéro 18 dans la série Gore des Alpes, une collection bien barrée qui, comme indiqué sur leur site internet, offre le meilleur du pire de littérature de genre, de l’horreur, du fantastique, du roman noir… Gore des Alpes, c’est du pulp grivois, sanglant, violent, sexuel, marrant surtout, bref une volonté affichée et bienvenue de piétiner le côté propret de la Suisse des chalets et des edelweiss. Actif depuis 2019, mais je n’ai découvert ça qu’au dernier festival Alterfictions à Yverdon – une lacune comblée !
La collection offre des romans courts (novellas), indépendants les uns des autres, le seul mot d’ordre étant que ça soit de l’horreur et que ça se passe en montagne. Le Directeur artistique de la collection, Philippe Battaglia, a signé également trois titres de la collection, et vient de récolter une moisson de récompenses pour son dernier roman La dernière tentation de Judas, paru chez L’Atalante. Tous les titres sont illustrés par Ludovic Chappex, qui donnent bien le ton dans le genre pulp et fier de l’être.
‘Seulement, faut connaître la montagne. Voilà.’ (Les Bronzés font du ski)
Revenons-en à Buffet de campagne (2022), signé Olivia Gerig, auteure genevoise qui a plusieurs polars à son actif. On est dans l’entre-deux-guerres, et le protagoniste est Romain Naville, jeune bourgeois souffreteux qui se pique de journalisme. L’histoire débute quand la famille de Romain, qui vit à Genève, l’envoie en cure en Haute-Savoie, à Megève, pour soigner sa tuberculose à l’air frais des monts.
‘Vous êtes fous, vous savez pas ce qu’ils bouffent…’ (Ibid.)
D’emblée, on sent que Gerig s’amuse bien à pasticher le roman type ‘journal d’un jeune homme du début du siècle’. Ça fonctionne, et on rigole des mésaventures du pauvre Romain, qui va en voir des vertes et des pas mûres. Il va être question de boustifaille (ah, la reçette des diots de Savoie…, et même les titres des chapitres n’y échappent pas), de mazots rustiques, d’élites riches et dépravées (ça va toujours de pair ?), de villageois complices, de dépucelage, et de touristes qui disparaissent mystérieusement. Le plaisir vient en partie du fait que l’on devine facilement ce qui va se passer – tout est plus ou moins annoncé – mais on attend de voir qui, quand, comment, avec quel outil tranchant, etc. La montagne, ça vous gagne !…
Je m’habituais petit à petit à cette vie de reclus, qui n’était pas si différente de celle que je menais à Genève. Nous étions samedi. J’allais enfin pouvoir aller au village et me promener sur le marché. Mon impatience et ma curiosité me titillaient. Je souhaitais en savoir plus sur les dîners très spéciaux chez les nobles hôtes de la station, sur les villageois, sur le meurtre de M. Sandoz, sur Nathalie du Thorbiau et sa charcuterie si particulière. Je détiendrais ainsi le scoop. Romain Naville serait enfin connu pour autre chose que son nom de famille et ses maladies. Je serais sous les feux de la rampe. Ma sœur serait certainement folle de rage, puisqu’elle souhaitait que je disparaisse.
Buffet de campagne, Olivia Gerig, p. 74
‘C’est goûtu, ça a du retour.’ (Op. cit.)
Pour ma première randonnée avec Gore des Alpes, je me suis bien amusé. Le seul reproche que je ferais, c’est que la résolution de l’intrigue arrive un peu abruptement, et j’aurais bien voulu qu’on découvre aussi une de ces fêtes dépravées chez les bourges du coin. Mais on ne peut pas tout avoir, c’est sans doute le format court qui veut ça. N’en reste pas moins une bonne rigolade sans se prendre la tête.
Allez, une dernière pour la route : ‘Faut manger, p’tit, si tu veux devenir un vrai montagnard !’

- Buffet de Campagne, de Olivia Gerig, 2022, Gore des Alpes Nr.18, 138 pages.
