J’ai récemment découvert The Complete Debarkle: Saga of a Culture War, de l’auteur au pseudonyme curieux de Camestros Felapton, et publié d’abord en série sur son blog en 2021, puis disponible gratuitement en e-book. J’ai donc quelques années de retard, décidément une habitude chez moi !
Debarkle est un compte-rendu fouillé de l’avant, pendant et après de la saga des Sad Puppies (les chiots tristes), qui secoua le petit monde de la SF américaine dans les années 2010. Il y a une dizaine d’années, je me souviens avoir suivi avec curiosité cette saga autour des Hugo awards et des tentatives des Puppies d’influencer la liste des nomminés dans chaque catégorie (avec plus ou moins de succès). Il y avait les campagnes des Sad Puppies, mais aussi celles des Rabid Puppies (chiots enragés), version parallèle plus extrême. Qui ne serait pas familier avec cette histoire peut lire un résumé des cinq (!) campagnes menées par les Puppies sur la page wikipedia consacrée.
Si Debarkle se penche sur un épisode de l’histoire du fandom américain, il est aussi bien davantage. Il dresse le portrait d’une décennie durant laquelle la politique a été particulièrement mouvante aux Etats-Unis et dans le monde. Le livre parle de la montée de l’alt-right, de GamerGate, de Qanon, de Trump et du Brexit, du Covid… En ce sens, la saga des Puppies est moins intéressante en tant que telle qu’en tant qu’un symptôme de la guerre culturelle qui a donné forme aux années 2010, et qui continue d’influencer notre présent.
L’auteur Camestros Felapton se présente comme un blogueur australien et britannique qui écrit sur la science-fiction et la politique, actif sous ce nom depuis 2015. Dans un de ces premiers posts, il explique son pseudonyme : il s’agit en fait de deux noms donnés à des catégories de syllogismes. (On a déjà vu plus simple… Mais c’est que le monsieur est féru de logique.) Son Debarkle est une somme : 269’000 mots, ou 993 pages en format e-book, agrémenté d’innombrables citations et notes de bas de page… Je n’ai pas tout lu, loin s’en faut, j’ai sélectionné ça et là les chapitres qui m’intéressaient le plus.
Le livre est précis et rassemble beaucoup de faits, mais n’est pas une enquête journalistique pour autant, l’auteur de son propre aveu ne souhaitant pas tendre à l’objectivité totale, ni museler son point de vue. Bien lui en a pris, d’ailleurs, car je trouve sa vision des choses et son jugement des différents protagonistes, de leurs actions et de leurs motifs, tout à fait pertinents. C’est qu’on va croiser toute une galerie de personnages hauts en couleur : Larry Correia, Bard Torgersen, Vox Day, Sarah Hoyt, du côté des Puppies, mais aussi George R. R. Martin, John Scalzi, N. K. Jemisin, et bien d’autres… Ce Debarkle est une source d’informations et de citations unique en son genre, qui vaut le détour, et pas que pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du fandom.
