Illustration: épée de mousquetaire et fourreau; image Rama/Wikimedia Commons.
J’ai toujours eu un penchant pour la Fantasy. À l’origine pour les grands classiques du genre, les contes mythologiques, les contes de Grimm, Alice au pays des merveilles, Tolkien bien sûr, sans compter les innombrables films, dessins animés et séries de mon enfance (mention spéciale pour Monstres et Merveilles et tout ce qu’a fait Jim Henson). Petit à petit je me suis ouvert à des auteurs et des œuvres plus contemporains :Michael Moorcock, Terry Pratchett, Ursula le Guin, Roger Zelazny, Barbara Hambly, Neil Gaiman, J. K. Rowling, Steven Erikson, China Miéville, Philip Pullman, Scott Lynch, George R. R. Martin, Joe Abercrombie, N. K. Jemisin… La Fantasy prend mille formes et offre de grands livres à découvrir.
La Fantasy, comme la SF d’ailleurs, est un terreau fertile pour la culture des sous-genres, bien identifiés par exemple sur l’excellent blog le Culte d’Apophis – dont l’auteur a aussi publié un guide chez Albin Michel. On citera les sous-genres les plus courants que sont l’heroic fantasy, la dark fantasy, l’urban fantasy ou encore la fantasy épique. Dans les années 2000 arrive la romantic fantasy, ou romantasy, définie sur wikipedia comme un sous-genre de fantasy « qui intègre une dimension romantique à un récit fantastique », et qui mêle histoire d’amour et éléments d’action. La romantasy est en plein boom – il suffit pour s’en rendre compte d’aller visiter le rayon Fantasy en librairie – et les autrices les plus en vue vendent des millions d’exemplaires. Succès à tel point qu’on se dit que le terme romantasy est désormais plus un coup marketing qu’un véritable sous-genre à part entière. Dans un récent podcast d’Elbakin, l’éditeur Gilles Dumay suggère même que l’étiquette pourrait devenir caduque d’ici à quelques années. L’avenir le dira.
Je ne me serais sans doute pas intéressé à la romantasy si celle-ci n’avait été le thème choisi pour la deuxième mouture du prix Jacques Sadoul de la nouvelle en 2025 (pour être exact : romantasy ou romance). Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, je lis donc un des derniers best-sellers du genre, Fourth Wing de Rebecca Yarros. Lecture édifiante. J’ai tout d’abord pensé à écrire une nouvelle en parodiant le style de Yarros, qui est par moment involontairement comique, mais au final je me suis retranché sur un style plus classique, proche de ce que j’avais fait pour une autre de mes incursions dans la Fantasy, mais en injectant ici et là quelques touches inspirées de Yarros. Pour sortir un peu du moule médiéval fantastique, et inspiré par Pierre Pevel et ses Lames du Cardinal, j’ai placé cette histoire dans un pseudo XVIIe avec mousquetaires et guerres d’Empire, mais également créatures fantastiques et sortilèges. L’héroïne de l’histoire est Hervine de Malesherbes, mousquetaire de la Reine et fine bretteuse.
Cet exercice de romantasy n’a pas été retenu par le jury du prix JS, à cause de ses défauts ou en dépit de ses qualités, je ne sais trop. Comme je ne vois pas d’autre endroit où l’envoyer, je me décide donc à le publier sur ce site. On peut lire la nouvelle en ligne ou la télécharger en pdf.
Extrait :
« Le son du bugle la sortit de ses pensées comme si on lui avait tiré la tête de l’eau. Les Impériaux entamait la bataille avec l’armée royale. Si Hervine était familière avec l’action et le combat, la guerre et ses milliers de belligérants était pour elle chose nouvelle. De sa position, les soldats lui semblaient de petites figurines animées et grouillantes, avançant comme poussées par le vent. Bientôt les troupes noir et rouge se mêlèrent au vert royal, et il ne lui fut plus possible de séparer les combattants des deux camps là où les armées se joignaient. La fumée des mousquets montait dans l’air. Les pièces d’artillerie monacales crachaient des sortilèges violets, rouges ou bleus sur le flanc de l’armée de Kreismar, qui se réorganisait tant bien que mal pour se tenir hors de portée.
Un cri de guerre retentit, ou plutôt une plainte hurlée, comme celle d’une bête saignée à mort… Ça ne venait pas de la bataille sur la plaine. Les fantassins en contrebas d’elle s’agitèrent ; elle vit les têtes se tourner vers la ligne des arbres à l’orée de la tourbière, à deux cents toises de là. Les mousquetaires tendaient le cou. Le maréchal des logis Dubreuil était là et avait tiré sa longue-vue. À peine avait-il braqué sa lunette qu’il poussa un cri :
— Les têtes de crapaud !
Pour mieux voir, Hervine jouaient des coudes avec les autres mousquetaires alignés sur la position la plus élevée.
Les Vrognes étaient là. Par centaines. Non, plutôt par milliers. Son ventre se serra, et un goût de bile lui vint à la bouche. La Capitaine Fiermont avait eu raison de lui faire confiance. Mais ce n’était là qu’un maigre réconfort, alors que déferlaient dans leur direction les hordes vrognes – plus qu’elle n’en avait jamais vu de sa vie. »
