En musique, mon goût a grandi avec les CDs, même si c’est loin d’être le premier médium musical que j’aie connu. Enfant, j’avais écouté des 45 et 33 tours, allant des chansons d’Henri Dès aux classiques telles les comptines ou Pierre et le loup (la version lue par Gérard Philippe), en passant par les histoires abrégées tirés des classiques de Disney ou autres (l’immense Dominique Paturel était souvent la voix dans le sillon pour raconter La Guerre des étoiles ou Vingt mille lieues sous les mer).
Puis, bien sûr, est venue la cassette audio, cette géniale invention allant de pair avec le lecteur de cassette portatif, puis le baladeur. J’ai toujours mon vieux Sony Walkman, il fonctionne, et n’est même pas auto-reverse. C’est en farfouillant dans les cassettes de mes parents que je suis tombé sur un best-of des Beatles, et je suis fan du plus grand groupe de l’univers depuis ce jour-là. Le plus important, avec les cassettes audio, était bien sûr la possibilité de créer ses propres mixs, et j’en ai toujours quelques’uns qui traînent ci ou là, nommés Mega Mix IV ou Super Compile II.
La démocratisation du CD a vraiment coïncidé avec le développement des mes goûts musicaux et de mon intérêt pour la musique en général. Mon premier CD ? Please please me de ce petit groupe de Liverpool déjà mentionné. Je ne me rappelle pas du second, ou du troisième, tiens…
Des CDs, j’en achète toujours, de temps à autres, le plus souvent en seconde main. Car il n’y a plus vraiment de magasins de disques, n’est-ce pas ? Depuis longtemps enterrée, l’époque où on passait du temps dans les magasins de disques, à écouter des albums sur les platines disponibles. J’allais à Disques Service, à Nyon, puis bien sûr aussi à Fréquence Laser, à Lausanne. Tous ont disparu, bien sûr, comme Tower Records, l’un des premiers Leviathan à s’éteindre. À Lausanne, toutefois, il y a bien encore la FNAC, qui a une belle collection de CDs. Mais où je vis, à Zurich, il n’y a plus vraiment d’équivalent.
Alors, les boutiques de seconde main, disais-je. À Zurich, il y a l’immanquable Katalog Record, surtout pour les vinyles, mais qui ne démérite pas question CDs… Je m’y retrouvais le week-end passé, histoire de voir si je pouvais dégotter quelques bonnes pioches. Les albums, c’est aussi quelque chose qu’aime bien mon fils, qui est encore à un âge tendre, un âge à un chiffre, et pour qui les CDs sont quelque chose de tactile qu’il peut enfourner dans la chaîne hi-fi, donc quelque chose d’intéressant. Il connaît les Beatles, qu’il pourrait sans doute nommer comme étant le plus grand groupe de l’univers – aucune influence de ma part, bien entendu.
Le week-end passé, donc, je déniche chez Katalog une demi douzaine d’albums qui me faisaient de l’œil depuis longtemps. À une thune la pièce, c’est une bonne affaire :
Wandering Spirit (1993), génial album solo de Mick Jagger. Celui-là je l’avais en cassette (perdue depuis), qui tournait en boucle dans la voiture quand j’empruntais l’Opel de mon père. (L’autre cassette qui alternait avec Jagger était le Rumours de Fleetwood Mac.) La pochette bleue claque bien, avec une photo de Jagger torse nu prise par Annie Leibovitz. L’album est blues rock, groovy, funky, avec une énergie immense du début à la fin. La chanson qui donne son titre à l’album est une petite merveille. Produit par Jagger et Rick Rubin.
Autre album solo d’un artiste qui officie d’ordinaire en groupe, Wildflowers (1994) de Tom Petty est un bel album de rock, plus intimiste peut-être que ses disques avec les Heartbreakers. Là encore produit par Rick Rubin, qui est partout dans ces années nonante (Red Hot Chilip Peppers, Johnny Cash,…).

Bring the family (1987), de John Hiatt, avec son titre classique Have a little faith in me, et avec Ry Cooder à la guitare. L’histoire derrière la production de l’album – enregistré en seulement quatre jours ! –, relatée dans l’article wikipedia en lien, est extraordinaire et mérite la lecture. Superbe production et son indémodable.
Le Nebraska (1982) de Bruce Springsteen est un autre album que je ne connaissais pas bien mais qui m’intéressait de longue date. J’étais davantage familier avec ses albums des années septante, comme Born to run et Darkness at the edge of town. Nebraska est très différent, car écrit, joué et enregistré en solitaire chez lui – son minimaliste avec guitare et harmonica. Album très beau mais aussi sombre que la photo de la pochette, et des chansons évoquant aussi bien des gangsters que des ouvriers dans la dèche.
Le groupe américain Heart, avec les sœurs Ann et Nancy Wilson, est un monument des années septante et huitante. Brigade (1990) est un pur plaisir qui sonne encore essentiellement 80s. Il y des balades mais aussi des morceaux plus rock.
Le multi-primé Raising Sand (2007) est la première collaboration de Robert Plant (Led Zeppelin) avec la chanteuse country Alison Krauss. Là encore magnifique production, avec T Bone Burnett aux manettes. Un duo d’artistes qui surprend sur le papier mais qui fonctionne à merveille. Ils remettront le couvert en 2021 avec Raise the Roof.
L’album est décidément un format indispensable à la musique, et format qui si tout va bien devrait même survivre à notre âge du streaming… Car un album c’est une production, une énergie et un son unique dans l’espace et le temps, ce qui lui donne toute sa vraie valeur. Heureusement qu’il y a encore des disquaires chez qui on peut farfouiller dans les bacs, plutôt que d’être seulement guidé par les algorithmes de Spotify…
